Nicolas Craig : le mot répété mille fois, et les fleurs qui cachent un visage
Publié le 30 juillet 2026
Regardez une estampe de Nicolas Craig depuis l'autre bout de la pièce et vous voyez un motif. Approchez, et le motif se révèle être un seul mot, répété des centaines de fois. Cette double lecture est toute la méthode.
Cette monographie suit un artiste montréalais formé à l'UQAM, actif avec MU depuis 2011, montré à Montréal et à Paris, qui travaille autant le mur que la toile.
Du graffiti à l'atelier universitaire
Nicolas Craig vient à l'art par le graffiti à l'adolescence, puis étudie les arts visuels et médiatiques à l'UQAM. L'ordre compte. Les graffeurs qui passent ensuite par l'université gardent en général le sens de l'échelle et de la lisibilité venu de la rue tout en gagnant le vocabulaire pour discuter de ce qu'ils font, et ils perdent rarement le goût du mur.
Il réalise des murales avec MU depuis 2011. MU est l'organisme montréalais derrière une large part des murales permanentes de la ville, en lien avec les arrondissements, les propriétaires d'immeubles et les groupes de quartier, et figurer à son répertoire depuis plus de dix ans est une forme d'accréditation professionnelle dans ce domaine.
« Je me définis comme un chercheur, un féru de la peinture. »
L'estampe : un mot, mille fois
Derrière chacune de ses estampes se cache un message, souvent une dénonciation, porté par un symbole ou un mot percutant répété plus d'un millier de fois. Le spectateur ne perçoit d'abord que le motif d'ensemble, la double lecture, visuelle puis intellectuelle, arrive ensuite. Le procédé a une longue histoire, de la poésie concrète aux répétitions sérielles de Warhol, et il fonctionne parce que l'œil lit un motif plus vite qu'il ne lit un texte.
La démarche peut être ludique ou engagée, et elle reste imprégnée de pop art, une filiation qu'il rattache à Takashi Murakami, Andy Warhol et Banksy. Ces trois noms décrivent une position cohérente plutôt qu'un éparpillement de goûts : un langage visuel populaire, la répétition industrielle, et un message qui n'exige pas un diplôme d'histoire de l'art pour être reçu.
Bouquets, corps et le tournant surréaliste
Dans ses tableaux, le registre change. Des bouquets pastel dissimulent des figures iconiques, et des amas de corps apparaissent déconstruits et étirés. Il décrit lui-même la méthode : fragmentation, superposition et juxtaposition, mélanger les genres en les confrontant à la figure humaine, ce qui produit une relecture du sujet féminin par un mélange très personnel de thèmes, de genres et de textures.
Ce qui relie les deux pratiques est la même idée structurelle que dans les estampes : une surface agréable, une seconde couche en dessous. Un bouquet qui cache un visage est l'équivalent pictural d'un motif qui cache un mot, et dans les deux cas il est demandé au spectateur un petit effort avant que l'œuvre se livre.
Les murs, et la question des pionniers
On le décrit souvent comme l'un des pionniers muralistes de Montréal. Le mot mérite une nuance : le graffiti montréalais remonte à la fin des années 1970 avec Zilon, et la murale comme forme de commande s'est structurée dans les années 2000 et 2010. Craig appartient à cette seconde vague, celle qui a transformé une pratique underground en art public avec des budgets, des permis et de la permanence, ce qui est un accomplissement distinct plutôt que moindre.
Ses expositions à Montréal et à la Galerie Barsacq à Paris montrent l'autre moitié de cette trajectoire. Un artiste capable de tenir un mur et une salle de galerie est rare, parce que les deux exigent des choses opposées : un mur doit se comprendre en trois secondes par quelqu'un qui passe, une toile doit récompenser dix minutes d'attention de quelqu'un qui a choisi de s'arrêter.
Collectionner Nicolas Craig
Son catalogue offre deux portes d'entrée distinctes. Les estampes, bâties sur la répétition, conviennent à un corridor ou à un mur de bureau où l'œuvre sera vue de près tous les jours et pourra continuer de livrer sa seconde couche. Les tableaux, plus denses, sont faits pour tenir seuls un salon ou une aire de réception.
Chaque œuvre disponible est originale, signée et livrée avec un certificat d'authenticité, avec ses dimensions et son prix sur sa page. Pour un mur, il accepte des commandes de murales, fort d'une décennie de projets permanents.
