Ankhone : des murs de Grenoble à l'art public montréalais
Publié le 30 juillet 2026
Ankhone a appris le graffiti au pied des Alpes, étudié le design graphique à Troyes, rejoint l'un des collectifs parisiens les plus connus, puis choisi Montréal. Trente ans plus tard, le portail d'art public de la Ville recense sept œuvres à son nom, presque toutes cosignées.
Ce détail est la clé de sa pratique : Ankhone est un muraliste qui travaille avec d'autres, et sa carrière se lit comme une suite de rencontres plutôt que comme une suite de pièces solitaires.
Grenoble, puis un diplôme
Ankhone commence le graffiti au début des années 1990 sur les murs de Grenoble, la ville où il a grandi, au pied des Alpes. La suite est moins courante dans cette discipline : plutôt que de rester strictement autodidacte, il entre à l'École supérieure d'art appliqué de Troyes, où il obtient un diplôme de design graphique. Les deux écoles, celle du mur et celle de l'atelier, ont fini par se nourrir l'une l'autre.
Cette double formation explique une qualité formelle rare chez un pur graffeur : un sens de la composition, de la hiérarchie typographique, d'une couleur qui tient à toutes les échelles. Art Public Montréal note qu'il a progressivement transposé son travail pictural et graphique vers la peinture tout en préservant ses influences graffiti, et qu'il définit son style comme une poésie en mouvement.
Le 9e Concept et les années parisiennes
En 2001, Ankhone rejoint le 9e Concept, l'un des collectifs parisiens les plus connus de l'époque, un groupe qui circulait sans heurt entre pratique de rue, illustration, exposition et commande. Il est aussi directeur artistique de Graff It, une revue qui documentait la scène graffiti française à un moment où presque personne d'autre ne le faisait.
Ces années comptent parce qu'elles ont transformé un graffeur en professionnel. Travailler dans un collectif, c'est apprendre à céder une part d'une pièce, à tenir une échéance, à répondre à une commande sans y perdre sa voix. C'est exactement l'outillage qu'exige une commande d'art public, et c'est la raison pour laquelle sa carrière montréalaise a pris la forme qu'on lui connaît.
Montréal, sept œuvres, sept collaborations
Ankhone découvre le Canada en 2010 et s'installe à Montréal un an plus tard. Art Public Montréal répertorie sept œuvres à son nom, et la liste se lit comme une carte de la scène locale : Fragments of Change et Les portes du temps avec Nicole Boyce, Les rapides avec Dodo Ose, Cocréer notre futur avec Amelia Hadouchi, Diversité avec Benny Wilding, une pièce sans titre avec Fuse One, et Il fait toujours beau au-dessus des nuages.
Six des sept sont cosignées, ce qui est assez inhabituel pour constituer une signature en soi. Peindre avec quelqu'un d'autre, c'est accepter que le mur fini ne ressemble pas exactement à sa propre esquisse, et c'est la forme la plus exigeante de la discipline. Il travaille aussi avec ASHOP Productions, le collectif montréalais derrière plusieurs des grands murs de la ville, et a peint pour le lieu historique national du Canal-de-Lachine.
La question de l'échelle
Ankhone peint des murales depuis plus de vingt ans, à toutes les échelles que permet la discipline : silos, entrées de stationnement complètes, murs intérieurs et toiles. Très peu d'artistes couvrent cet écart, parce que chaque format exige une technique différente. Un silo se peint en nacelle, dans le vent, avec des couleurs qui doivent se lire à trois cents mètres. Un mur intérieur se peint à bout de bras, où la moindre hésitation se voit.
Pour un client, cette amplitude est la valeur pratique de l'artiste. La même main peut signer un hall d'entreprise et une façade d'immeuble, ce qui garde une identité visuelle cohérente sur un site au lieu de l'éparpiller entre plusieurs styles.
Collectionner Ankhone, ou commander un mur
Comme l'essentiel de sa production part sur les murs, les toiles d'Ankhone circulent en petit nombre. Chaque pièce disponible est originale, signée et livrée avec un certificat d'authenticité, et son prix figure sur sa page. Un collectionneur qui en achète une acquiert le versant atelier d'une pratique dont le versant public est répertorié par la Ville.
Pour une murale, mur de maison, bureau, façade ou structure industrielle, L'Original cadre d'abord le projet : surface, accès, support, exposition et temps sur place, puis un devis. L'expérience d'Ankhone en commandes publiques cosignées en fait un choix naturel pour les projets qui impliquent plusieurs parties prenantes.
