Korb : le graffiti, la science-fiction et la mécanique derrière l'image
Publié le 30 juillet 2026
Korb appartient à cette génération de graffeurs montréalais qui n'a jamais eu à choisir entre le mur et la toile. Quinze années de lettrage, un crew, une culture bande dessinée et un goût pour la science-fiction ont produit une œuvre qui se lit sur deux plans : une surface qui séduit, une structure qui interroge.
Cette monographie retrace sa pratique, des murs des Crazy Apes aux toiles conservées dans nos galeries montréalaises, et la situe dans la filiation graffiti locale documentée par Art Crimes, Bombing Science et Wall2Wall Montréal.
Une formation de graffeur, pas d'école
Korb a appris comme la plupart des graffeurs montréalais de sa génération, sur les murs plutôt qu'en atelier. Quinze ans de pratique, cela veut dire quinze ans de lettres : la discipline de la proportion, d'un trait qui doit tenir à quatre mètres, d'une composition arrêtée avant que la première bombe soit agitée. Cet apprentissage laisse une marque qu'aucune école d'art ne reproduit, un sens de l'échelle et de la vitesse qui reste dans le travail même une fois passé sur la toile tendue.
Ses références en disent long sur la culture visuelle dont il vient. La science-fiction, le cinéma et le manga japonais sont les trois sources qu'il nomme, et toutes trois partagent un trait : elles construisent des mondes au lieu de les décrire. Bombing Science, le fournisseur montréalais qui documente les graffeurs locaux en vidéo depuis deux décennies, et Art Crimes, la plus ancienne archive de graffiti en ligne, tiennent l'un et l'autre une page à son nom, ce qui est la forme ordinaire de la reconnaissance dans cette discipline.
« Libérer les humains de la matrice est mon objectif. »
La trame comme sujet
Ce qui distingue Korb d'un pur styliste, c'est que son travail porte une thèse. Dans sa démarche, il explore l'impact des multiples trames de notre environnement sur l'être humain et sur notre capacité d'adaptation dans un monde en perpétuelle mutation. Le mot compte : une trame, c'est ce qui se trouve dessous, la structure qu'on cesse de remarquer parce qu'elle est partout. La peindre, c'est rendre visible l'armature qui organise la perception.
De cette prémisse découle un vocabulaire surréaliste où cohabitent figures, éléments mécaniques et fragments de lettres, sans jamais se figer en une lecture unique. L'œil saisit d'abord un motif d'ensemble, puis découvre un second niveau. C'est exactement la double lecture que le graffiti pratique depuis quarante ans, où le non-initié voit un décor et l'initié lit un nom, transposée ici dans une langue accessible à tous.
Les murs : Crazy Apes, Under Pressure, Bistro Ste-Cath
Korb peint au sein des Crazy Apes, l'un des crews qui structurent la scène montréalaise. Un crew n'est pas un label, c'est une unité de travail : des murs partagés, une répartition entre lettres et personnages, une signature collective. Wall2Wall Montréal, qui documente le graffiti de la ville depuis 2015, recense ses contributions aux murs du crew, notamment à Under Pressure, le plus ancien festival de graffiti en Amérique du Nord, où il a assuré le lettrage du mur K6 et Crazy Apes et peint le personnage du crew.
Parmi ses collaborations, la murale samouraï peinte avec Monk.E et Axe au Bistro Ste-Cath mérite l'attention, parce qu'elle montre comment fonctionne réellement la scène montréalaise. Trois artistes aux pratiques différentes, un lieu de quartier plutôt qu'une institution, un mur qui devient un repère. C'est ainsi qu'une ville se construit une culture de la murale, une façade commerciale à la fois, bien avant l'arrivée des festivals et des programmes d'art public.
De la bombe au mur de galerie
Le passage du mur à la toile est l'endroit où beaucoup de graffeurs perdent ce qui faisait leur force. La rue récompense l'impact et la lisibilité à distance, la galerie récompense la densité et la durée. Korb a résolu la question en gardant l'économie graphique du graffiti et en ralentissant tout le reste. Ses toiles retiennent l'œil plus longtemps qu'un mur, parce qu'elles sont faites pour être regardées à un mètre pendant plusieurs minutes plutôt que depuis une voiture.
Sa pratique s'étend aussi à la bande dessinée et à l'installation sculpturale, ce qui relève de la cohérence plutôt que de la dispersion : ces trois médiums lui permettent de construire un monde, puis d'y placer un spectateur. En novembre 2022, l'hebdomadaire régional L'Express couvrait l'une de ses expositions, rappel que le public de ce travail ne se limite pas au milieu du graffiti.
La place de Korb dans la scène montréalaise
Le graffiti montréalais a une filiation documentée. Zilon a ouvert la voie à la fin des années 1970, les années 1990 ont produit les crews et les graffeurs qui tiennent encore les murs aujourd'hui, et les années 2010 ont apporté les festivals, les permis et les commandes publiques. Korb appartient au segment resté des deux côtés de cette histoire : il peint toujours des murs de crew, tout en produisant un travail d'atelier avec lequel un collectionneur peut vivre.
Cette position est ce qui rend son travail précieux dans une collection. Une toile d'un artiste qui ne peint plus de murs est le souvenir d'une pratique, une toile d'un artiste toujours actif dans la rue est le fragment d'une œuvre vivante dont le versant public se voit à quelques rues de là.
Collectionner une œuvre de Korb
L'Original représente Korb et conserve ses toiles dans ses deux galeries montréalaises. Chaque œuvre est originale, signée et accompagnée d'un certificat d'authenticité, avec ses dimensions et son prix indiqués sur sa page. Les formats varient assez pour que le même artiste réponde à un petit mur intérieur comme à un grand mur d'entreprise, ce qui compte quand une pièce doit tenir une pièce plutôt que la décorer.
Pour un mur plutôt qu'une toile, le même artiste peut être commandé. Une murale se chiffre selon la surface, l'accès, le support et le temps sur place, et notre équipe cadre le projet avant d'avancer le moindre montant.
