Astro : le funk, le style et les monstres du graffiti montréalais
Publié le 30 juillet 2026
Trente ans de murs ont fait d'Astro l'un des peintres de personnages que la scène montréalaise appelle quand les lettres ne suffisent plus. Ses créatures habitent la ville, d'un garage de Notre-Dame-de-Grâce à un tunnel légal de Rouen.
Cette monographie suit une pratique amorcée au milieu des années 1990, documentée par Art Public Montréal et Wall2Wall Montréal, et observe ce qui arrive quand ce vocabulaire passe sur la toile.
Milieu des années 1990 : une ville qui ne regardait pas encore
Quand Astro commence à peindre, Montréal n'a ni festival de murales, ni programme d'art public pour le graffiti, ni galerie intéressée par la discipline. Les graffeurs peignent les uns pour les autres, le long des voies ferrées et dans les ruelles, et la seule archive est photographique et privée. Débuter à cette période, c'est avoir appris le métier sans public, ce qui reste la façon la plus sûre de développer un style plutôt qu'une image de marque.
Art Public Montréal, le portail d'art public de la Ville, résume le résultat en une phrase qui mérite d'être citée : tout est question de funk, de style et de monstres. Trois influences convergent dans ce vocabulaire, le graffiti new-yorkais old-school pour les lettres, le dessin animé européen pour le trait, l'animation japonaise pour les créatures. C'est une synthèse plutôt qu'une imitation, et elle est lisible de loin, ce qui, sur un mur, est l'essentiel.
« Sois créatif, sois réel, sois toi-même. »
Le peintre de personnages
Le graffiti a une division du travail interne que les non-initiés remarquent rarement. Sur un mur collectif, certains graffeurs assurent les lettres et d'autres les personnages, et les deux exigent des compétences différentes. Astro appartient à la seconde catégorie, et Wall2Wall Montréal note qu'il apporte régulièrement les personnages à des pièces dont d'autres artistes assurent la typographie. Ce rôle explique pourquoi son nom revient sur des murs signés par plusieurs crews.
Ses créatures ne sont pas décoratives. Elles ont des expressions, des postures et un sens du timing comique venu de la culture du dessin animé, et elles portent la charge émotive d'un mur qui serait autrement un pur exercice de lettrage. C'est aussi ce qui permet au travail de passer sur toile : un personnage tient une composition à lui seul, là où une pièce de lettres dépend souvent de l'architecture qui l'entoure.
DUC, EB et la géographie d'une scène
Astro peint avec le crew DUC, aux côtés de graffeurs comme Pask, Koal, Sino et Stare, et avec EB, un crew français qui compte aussi un membre montréalais. Cette double affiliation compte : les crews sont la façon dont la discipline circule à l'international, bien avant que les institutions s'en mêlent. C'est la raison pour laquelle son travail apparaît autant à Rosemont, sur le Plateau et dans Hochelaga que dans le tunnel de graffiti légal de Rouen, en France.
L'illustration la plus nette de cette culture collective, ce sont les murs d'hommage à Scaner, graffeur montréalais considéré comme un roi de la scène locale, disparu en septembre 2017. Astro a contribué à plusieurs d'entre eux. Dans le graffiti, un mur d'hommage équivaut à une oraison funèbre publique : il nomme une filiation et il dit tout haut qui a compté.
Murs de commande et art public
Le travail d'Astro existe aussi dans sa forme autorisée. Il a participé au projet Hip Hop You Don't Stop d'A'shop sur les murs d'un garage de Notre-Dame-de-Grâce, un chantier qui a contribué à installer la murale grand format à Montréal, et ses pièces sont répertoriées par Art Public Montréal, qui recense des œuvres à son nom. Il a peint à MURAL, à Meeting of Styles et aux éditions des Canettes de Ruelle, qui ramènent les graffeurs dans les ruelles où la pratique a commencé.
Le passage de l'illégal à la commande est souvent décrit comme une trahison par les observateurs extérieurs et comme une étape normale par les graffeurs eux-mêmes. Ce qui compte, c'est de savoir si le vocabulaire survit à la transition. Chez Astro, il survit, parce que les créatures n'ont jamais eu besoin de la transgression pour produire leur effet.
Collectionner Astro
Une toile d'Astro fait entrer chez soi un artiste dont le travail public se voit à quelques rues, ce qui est précisément ce qui rend le street art digne d'être collectionné : la pièce accrochée au mur appartient à une œuvre que la ville connaît déjà. Ses formats conviennent autant à une pièce domestique qu'à un bureau où une seule image forte doit tenir tout l'espace.
Pour un mur, Astro peut aussi être commandé directement. Intérieure ou extérieure, une murale se cadre selon la surface, l'accès, le support et le temps sur place avant qu'un prix soit discuté.
