Israël Dupuis : la fascination, le pouvoir et l'identité, peints et enseignés
Publié le 30 juillet 2026
Un diplôme de Concordia, une maîtrise de l'UQAM, un poste d'enseignant à temps plein et vingt-cinq ans de projets communautaires. Israël Dupuis est ce cas rare d'artiste montréalais dont la pratique d'atelier et le travail universitaire posent la même question, et y répondent différemment.
Cette monographie examine les deux versants, et ce qui se produit quand un artiste qui théorise la création collective revient seul devant une toile.
Deux diplômes, seize ans d'écart
Israël Dupuis obtient un baccalauréat en design des arts de l'Université Concordia en 1998, puis reprend les études bien plus tard, complétant en 2014 une maîtrise en communication avec une spécialisation en média expérimental à l'UQAM. Son mémoire porte sur la création collective multimédia chez les jeunes à risque, un sujet directement issu de ce qu'il pratiquait sur le terrain depuis quinze ans.
Cette séquence dit quelque chose de l'artiste. Le travail universitaire n'a pas précédé la pratique pour la légitimer après coup, il est sorti de la pratique et l'a formalisée. C'est la différence entre une théorie qui cherche une application et une expérience qui cherche un langage précis.
« Interroger les notions de fascination, de pouvoir et d’identité. »
Le design fait avec les gens
Depuis 2001, il est engagé auprès de Dans la rue par l'entremise du laboratoire vivant de design et d'engagement communautaire de Concordia, où des participants issus d'organismes communautaires développent des compétences en design graphique et multimédia. Il enseigne le cours correspondant à Concordia et a collaboré avec le Y des femmes centre-ville sur la littératie numérique. Sa recherche porte explicitement sur un design social fait avec les gens plutôt que pour eux.
Cette préposition porte toute l'éthique. Le design pour les gens produit une solution venue d'en haut, le design avec les gens produit un résultat plus lent et un transfert de compétences. Appliqué à la murale, cela explique qu'il traite un mur comme un moyen d'explorer les désirs populaires de représentation et de replacer l'art au cœur d'une communauté, plutôt que comme une surface pour une signature.
Fascination, pouvoir, identité
Sa démarche est directe : interroger les notions de fascination, de pouvoir et d'identité. Les trois termes sont liés. La fascination est ce que fait une image avant qu'on l'ait jugée, le pouvoir décide quelles images nous sont montrées, et l'identité est ce que nous bâtissons à partir des images reçues. Un artiste qui enseigne le design pour gagner sa vie a de bonnes raisons de prendre cette chaîne au sérieux.
En atelier, ce programme donne un travail à forte base graphique, plus proche de l'abstraction que de la figuration narrative, où c'est la composition qui argumente. Le volume de son catalogue est en soi une information : un artiste qui produit régulièrement pendant des décennies explore une question plutôt qu'il ne répète une formule qui a marché.
La murale comme infrastructure communautaire
Dupuis a supervisé des projets de murales avec des étudiants de Concordia, un exercice différent de celui de peindre un mur soi-même. Diriger une murale collective, c'est arbitrer entre ce que les participants veulent voir représenté, ce que le site permet et ce qui se lira encore dans cinq ans. On est plus près de l'urbanisme que du travail d'atelier, et c'est là que son enseignement et sa pratique se rejoignent.
Pour une institution, une école, un arrondissement ou un organisme communautaire, ce profil est l'argument pratique : un artiste habitué à la consultation, au travail avec des non-artistes et à livrer un mur qu'un quartier reconnaît comme le sien.
Collectionner Israël Dupuis
Son catalogue chez L'Original est assez large pour permettre un vrai choix de format et de registre, ce qui est à la fois rare et utile : un collectionneur peut composer une paire ou une série cohérente d'un seul artiste plutôt que de se contenter de la pièce qui se trouvait disponible. Chaque œuvre est originale, signée et livrée avec un certificat d'authenticité.
Pour un milieu de travail, une école ou un bâtiment public, la combinaison entre travail d'atelier et expérience de la murale communautaire permet de commencer par une toile et de poursuivre par un mur, avec la même main et la même logique visuelle.
