El Diablo : du graffiti parisien aux Lascars, et des Lascars aux toiles montréalaises
Publié le 30 juillet 2026
Il a commencé à peindre en banlieue parisienne à la fin des années 1980 avec le collectif PCP, publié ses premières planches dans Psikopat, puis transformé ces planches en une série animée qu'une génération a regardée. Aujourd'hui, il peint à Montréal.
Cette monographie retrace une carrière qui traverse quatre médiums, et explique pourquoi les peintures ne prennent leur sens que si l'on connaît le reste.
PCP, ou comment un crew devient un studio
El Diablo commence le graffiti à la fin des années 1980 avec le collectif PCP, en banlieue parisienne, à un moment où le graffiti français est encore un import vieux de cinq ans à peine. Ce qui rend ce crew singulier, c'est ce qu'il est devenu : plutôt que de se dissoudre à mesure que ses membres grandissaient, il s'est transformé en unité de production, et plusieurs de ses graffeurs ont fini par écrire et réaliser ensemble.
Entre 1991 et 1995, il publie ses premières planches dans Psikopat, des histoires courtes tirées de sa propre vie de jeune banlieusard. Ces pages sont à l'origine de tout ce qui a suivi, et elles expliquent le ton du travail : comique, direct, écrit depuis un milieu plutôt que sur lui.
Lascars : une bande dessinée devenue la série d'une génération
Ces histoires de Psikopat ont servi de base à Lascars, la série animée qu'il coécrit et coréalise avec d'autres membres du PCP et d'anciens camarades, adaptée plus tard en long métrage du même nom. Peu de graffeurs de cette génération ont marqué la culture populaire à cette échelle, et moins encore l'ont fait avec une matière venue directement de leur propre quartier.
Il est aussi coauteur de la série animée Les Kassos, et scénariste de bande dessinée avec plusieurs titres à son actif : Un homme de goût avec Cha, Monkey Bizness avec Pozla, Rua Viva avec Julien Loïs, en plus de projets personnels comme Wesh! Caribou et Radical Wars. Wesh! Caribou mérite d'être signalé à part, puisqu'il fait de son propre départ pour le Québec une matière narrative.
Pourquoi la peinture n'est pas un à-côté
Un artiste qui a écrit de l'animation pendant des années apporte à la toile quelque chose de précis : un sens du personnage, du cadre et du rythme. Une image dessinée pour l'écran doit établir une situation en une fraction de seconde, et cette discipline se voit en peinture par des silhouettes lisibles, une couleur décidée et des compositions qui n'hésitent pas.
Sa peinture porte aussi l'origine graffiti, en ce qu'elle ne cherche jamais à être difficile. Elle s'adresse à qui se tient devant elle, sans exiger d'abord un texte de catalogue. C'est une véritable position artistique, celle que la culture de rue défend depuis quarante ans contre l'idée qu'un art doive être décodé pour compter.
Montréal, deuxième acte
Il s'installe à Montréal au milieu des années 2010 et y expose ses peintures depuis. Changer de continent en milieu de carrière est une vraie décision : cela suppose d'abandonner un réseau établi et de recommencer là où personne ne vous doit rien. Cela explique aussi l'énergie du travail récent, et une formule qu'il emploie lui-même, celle de ne pas avoir le temps de niaiser.
Pour un collectionneur montréalais, cette trajectoire fait tout l'intérêt du travail. Ce sont des toiles d'un auteur dont la série animée est connue bien au-delà du monde de l'art, rendues disponibles dans la ville où il peint désormais, à des prix sans rapport avec cette notoriété.
