L'industrie culturelle : quand l'art devient marchandise
Cet article s'appuie sur mon mémoire de maîtrise : Verdier, D. (2024). « Comment servir la démocratisation de l'Art chez les citoyens dans le contexte numérique de 2024 ? » M.Sc. gestion de l'innovation sociale, HEC Montréal (dir. Rafael Ziegler).
Les penseurs de l'École de Francfort Adorno et Horkheimer ont forgé la notion d'« industrie culturelle » pour décrire comment l'art, produit en masse et standardisé, risque de devenir un produit comme un autre à consommer. À l'ère des fils infinis, l'avertissement n'a jamais semblé aussi actuel.
Une culture standardisée, des citoyens passifs
Dans La Dialectique de la Raison (Adorno & Horkheimer, 1947), la culture de masse est produite comme tout bien industriel : prévisible, facile, rentable. Le danger n'est pas le mauvais goût mais la passivité — des citoyens entraînés à consommer des images plutôt qu'à les interpréter ou à les créer. En ligne, l'art qui défile en quelques secondes garde peu de valeur d'exposition ou culturelle.
Convergence, attention, et le fil d'actualité
Jenkins (Convergence Culture, 2006) a montré la collision des anciens et nouveaux médias, transformant les publics en participants — mais aussi en contenu. Lovink (Sad by Design, 2019) décrit comment le design des plateformes monétise l'attention et l'humeur. L'art sur les réseaux sociaux devient un contenu multimédia soumis au marché de l'attention, où la popularité est fixée par les algorithmes de référencement, pas par le sens.
Une alternative : l'art avec intention
La réponse n'est pas de rejeter le marché mais de réintroduire de l'intention : des œuvres originales d'artistes vivants et nommés ; des histoires transparentes ; une rencontre physique. Choisir un vrai tableau plutôt qu'une image copiée à l'infini est un petit geste contre l'industrie culturelle — il restaure la valeur singulière qu'Adorno craignait de voir disparaître.
