Le goût comme marqueur social : Bourdieu et le capital culturel
Cet article s'appuie sur mon mémoire de maîtrise : Verdier, D. (2024). « Comment servir la démocratisation de l'Art chez les citoyens dans le contexte numérique de 2024 ? » M.Sc. gestion de l'innovation sociale, HEC Montréal (dir. Rafael Ziegler).
Pourquoi aimons-nous ce que nous aimons ? La réponse de Pierre Bourdieu dérange : nos préférences culturelles ne sont pas des choix purement individuels — elles sont façonnées par des forces sociales, économiques et éducatives. L'art devient alors un marqueur d'appartenance : un « Louis Vuitton pour les murs ».
Trois capitaux qui façonnent le goût
Dans La Distinction (1979), Bourdieu distingue le capital économique (argent et matériaux), le capital culturel (savoirs et éducation qui permettent de comprendre et d'apprécier les œuvres complexes) et le capital social (réseaux qui ouvrent les portes). L'accès à l'art dépend des trois — c'est pourquoi l'inégalité, et pas seulement le prix, maintient l'art exclusif.
L'art comme distinction — et isolement
Posséder la bonne œuvre peut signaler l'appartenance à un groupe. Schmutz et al. (2016) montrent que le capital culturel se forme dès l'adolescence ; Simmel (1903) reliait le goût au tempo de la métropole. Mais le marqueur de Bourdieu a son ombre : l'individualisme de consommation peut transformer l'art en objet de statut et, en ligne, en étalage superficiel — accentuant l'isolement plutôt que le sens.
Briser la reproduction des inégalités
Adorno soutenait que l'autonomie de l'art — son pouvoir de résistance et de critique — est menacée quand l'artiste doit se professionnaliser dans un marché. La sortie n'est pas d'abolir le marché mais d'en abaisser les barrières : accès en ligne, représentation équitable des artistes vivants et co-création permettent à davantage de personnes d'accumuler du capital culturel et de participer, plutôt que d'hériter d'un goût d'élite.
