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Ambiance, inspiration, contexte.
Environ 2 min · gratuit

2001•Surréaliste
Dimensions : 122 x 91cm | 48 x 36 po
Ce tableau a été réalisé à une époque où l’atelier était devenu moins un lieu de contrôle qu’un espace d’effondrement maîtrisé. Je travaillais depuis des mois sur la figure – non pas la figure classique, entière et droite de la tradition du portrait, mais la figure telle qu’elle se présente réellement dans la mémoire et en situation de crise : partielle, se chevauchant, déjà en train de devenir autre chose. Le fond jaune n’est pas un paysage au sens conventionnel du terme. C’est la chaleur résiduelle de l’attention, l’image rémanente d’un regard trop long porté sur des personnes qui ne restent pas immobiles. Le bleu-gris froid qui s’élève depuis le bord inférieur est la seule concession faite à la gravité, un refus en douceur dans lequel les figures s’engagent tout en y résistant. L’œuvre est née d’une prémisse simple, presque obstinée : et si le corps humain, soumis à une pression suffisante – historique, émotionnelle, ou simplement la pression d’être regardé –, commençait à laisser transparaître sa propre silhouette ? Les formes noircies et multicolores ne sont pas des personnages inventés. Ce sont les résidus de gestes. J’ai observé pendant des années une main qui se lève, une salutation qui ne s’achève jamais tout à fait, un corps qui se détourne au milieu d’une phrase, l’étrange élégance des gens qui partent, qui arrivent ou qui refusent simplement de le faire. Je garde encore en mémoire les codes du portrait : la posture droite, la suggestion d’un chapeau. Je me suis librement inspirée de plusieurs références sans jamais avoir l’intention de les citer. Les silhouettes allongées, presque en apesanteur, font écho aux marcheurs amincis de Giacometti, mais je les ai dépouillées de leur solitude existentielle et je les ai laissées se rassembler en essaim. La manière dont la couleur s’installe à l’intérieur des formes plutôt que de les modeler doit quelque chose aux découpages de Matisse, bien qu’ici les ciseaux aient été remplacés par les gestes plus violents, moins lisses et réversibles du pinceau ; il y a là un dialogue à distance avec le surréalisme biomorphique d’Arshie Gorky et des de Kooning, ces corps de femmes qui refusent d’être de simples corps. D’un point de vue philosophique, le tableau se rapproche davantage de la conception de Merleau-Ponty selon laquelle le corps est déjà intimement lié au monde que de tout isolement existentiel pur. Ces figures ne s’opposent pas au jaune : elles sont la manière dont le jaune se perçoit lui-même. La littérature s’immisce en filigrane ; j’ai relu des passages des *Métamorphoses* d’Ovide et certaines sections de Dante, dans lesquelles les damnés ne sont pas tant punis qu’en perpétuel remaniement. Le tableau ne constitue pas une illustration libre de l’un ou l’autre de ces textes, mais il partage leur intuition selon laquelle la transformation est rarement nette. La figure rouge tout en haut à droite, les membres tendus vers l’extérieur, est autant Icare qu’une danseuse qui a tout simplement oublié le sol. La masse centrale plus sombre s’apparente davantage à une petite cité éphémère de corps qui n’ont pas encore décidé s’ils forment un seul organisme ou plusieurs. Cette œuvre en particulier incarne ma crise de la manière la plus directe qui soit. Je m’intéresse au moment qui précède celui où une figure se solidifie en une personne reconnaissable ou se dissout entièrement en pure peinture. La plupart de mes peintures récentes franchissent ce seuil. Les couleurs ne sont jamais simplement décoratives ; elles constituent la température à laquelle l’identité commence à fondre. La composition est rarement hystérique. Le regard est invité à errer comme les intentions errent dans une foule ou dans un rêve. Le champ jaune n’est pas un arrière-plan. C’est le milieu dans lequel ces cellules partielles peuvent encore se déplacer, avant de redevenir presque immobiles. Je ne sais pas si les figures s’élèvent vers le bleu ou s’y enfoncent. Je préfère ne pas me prononcer. Le tableau nous demande simplement de rester avec elles assez longtemps pour ressentir l’étrange et éclatante préciosité de leurs vies inachevées.
122 x 91 cm · Acrylic · Canvas
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